Chorale à Meylan
8 Février 2018
Il y avait eu le film de Lelouch sur les JO de Grenoble, « Treize jours en France » dominé par la voix de Mireille Mathieu ! Pour nous, choristes, il y a eu un jour mémorable, le mardi 6 février 2018 !
Il faut bien l’admettre, cinquante ans (un demi-siècle, quelle horreur !) se sont écoulés depuis les Jeux Olympiques de Grenoble. Le 6 février 1968, j’étais alors une très jeune femme (on s’en doute, me direz-vous), j’étais présente à l’ouverture, d’autant plus présente que je travaillais au COJO (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) depuis plusieurs mois déjà, d’abord comme secrétaire à la Direction Technique (ce qui m’a valu de recevoir la panoplie complète : sous-pull et pull, fuseau, anorak, bottes et même le bonnet et les gants), puis comme secrétaire du Docteur MICHALLON, Président du COJO.
Alors, lorsque Christophe a énoncé sa proposition de venir chanter l’Hymne Olympique, j’ai levé le doigt avec enthousiasme, transportée tout à coup cinquante ans en arrière, la tête pleine de souvenirs : les locaux où j’ai travaillé au Village Olympique (ce n’était pas le bout du monde mais le bout de Grenoble à cette époque, j’habitais alors Fontaine et, à vélo, le trajet me prenait trois bons quarts d’heure), le stade d’ouverture des Jeux à la place de l’actuelle Galerie de l’Arlequin, les gens que j’y ai connus, le Docteur Michallon (j’ai dû apprendre à lui servir le whisky…), la télévision (en noir et blanc, même si la télé en couleurs avait fait son apparition) que je pouvais parfois regarder pendant les heures d’astreinte du week-end et sur laquelle j’ai vu notamment le saut à ski à Saint-Nizier et certaines épreuves de ski alpin, Killy, les sœurs Goitschell...
Trêve de souvenirs, revenons en 2018 et notamment à ce mardi 6 février. A la Mairie, où j’arrive vers 12 h et des poussières, je gare mon vélo juste devant, je grimpe les escaliers et sur le perron, comme prévu, la sécurité vérifie mon identité mais s’abstient de fouiller mon sac et c’est tant mieux, car j’avais malgré tout pas mal de bazar dedans (veste pour le concert, petite bouteille d’eau, etc. etc.). Christophe est bien là pour me diriger sur la salle des mariages où je ne me suis pas mariée (c’est encore l’ancienne mairie qui a accueilli mon mariage, ce qui ne me rajeunit pas ma p’tite dame), je retrouve les complices avec qui je vais chanter cet Hymne Olympique dont les paroles fumeuses, non, je veux dire fameuses, m’ont empêchée de dormir du sommeil du juste pendant plusieurs nuits !
Attente, bavardages, attente, bavardages… Pas mal d’invités déjà dans le hall et beaucoup de brouhaha, des têtes connues d’anciens sportifs, Jean-Claude (Killy bien sûr) dont la silhouette, vieillie évidemment, est restée néanmoins sportive, Alain (Calmat bien sûr), qui m’avait fait rêver avec l’épreuve de patinage hommes, quelques responsables politiques, le maire de Grenoble… Une petite répétition vite faite avec les musiciens nous dérouille les cordes vocales et nous confirme que l’acoustique est horrible. Tant pis puisqu’on n’y peut rien. De nouveau, attente dans la salle peu chauffée des mariages. Nous devons chanter à 12 h 50, puis à 13 h 15, qu’à cela ne tienne, on est là pour le fun, pas vrai ? A 13 h 10, Christophe nous fait signe, c’est le moment, nous nous rangeons en file plus ou moins organisée, les messieurs d’abord puisqu’ils seront en haut des marches du grand hall de la mairie, les dames, alti + soprani, sur les côtés et enfin les « si bémol » (dixit Christophe) seront regroupés au centre de la masse…
Le grand moment est-il arrivé ? Non, pas tout-à-fait, les techniciens font attendre notre chef qui se positionne les bras levés plusieurs fois pour rien. Marielle (Goitschell bien sûr) est juste devant nous, elle nous parle avec la familiarité qui était déjà la sienne il y a cinquante ans, elle ne fait presque plus de ski, elle en a soupé du ski et l’an dernier la seule fois où elle a chaussé ses planches elle s’est fait un ligament alors ça va bien, hein ; elle signe des autographes sur nos partitions, elle adore les chorales et d’ailleurs qu’est-ce qu’elle a aimé le film « Les Choristes » ! On rigole bien, mais ça y est cette fois, Christophe lève les bras pour de bon, les musiciens attaquent et le brouhaha tombe, c’est à nous, on chante, c’est à peine si on entend sa propre voix, je m’accroche au chef, et on arrive déjà à la fin de la partition, mais les Gloire à ton nom sont foireux alors on fait un triple axel et on retombe plus ou moins en équilibre sur nos pieds au moment ou les « si bémol » percutent le haut plafond du hall ! Ouf !
Applaudissements, sourires ; on reste tranquillement en place jusqu’à ce que l’assemblée des invités se dirige vers le buffet VIP, alors la voie est libre et enfin on descend les marches (non, on n’est pas à Cannes) pour profiter de notre buffet perso : les quiches sont mal décongelées mais le pain, la charcuterie et le fromage feront l’affaire, un morceau de gâteau et la fête est finie pour aujourd’hui.
Tout passe, les JO de 1968 sont bien loin derrière nous, et pour le centenaire nos arrière-petits-enfants se souviendront, peut-être, ou plutôt pas, que nous étions là. Peu importe, nous étions venus pour le fun et fun il y a eu… Mais on n’est même pas passé à la télé, ou alors est-ce que j’ai raté ce moment historique ?
Jacqueline Cohen